Vers les institutions

L'institution et la place du maître ?

13 mars 2026


Argument : Que reste-t-il aujourd’hui des institutions — et de quoi parle-t-on exactement lorsqu’on les évoque ? Cela ne peut pas aller sans l’étude de la place qui y est donnée au maître.

Le discours du maître produit des signifiants-maîtres et perpétue une place de maître, une place qui exerce un pouvoir sur le signifiant. Jacques-Alain Miller précise que ce pouvoir est essentiellement celui de rendre les choses lisibles[1].

Le discours du maître, tel que Lacan l’a écrit, n’est pas à confondre avec un comportement de maitrise. Être dans le discours du maître n’est pas faire le maître, ne veut pas dire :  se comporter en maître. Être dans le discours du maître c’est d’abord s’en tenir au respect d’un certain ordre, celui du langage. C’est ainsi que la place du maître est respectable dans l’institution.

Il n’est donc pas question de chercher à annihiler le discours du maître dans les institutions, mais bien plutôt de lui laisser sa place en l’orientant à partir du discours psychanalytique.

Vouloir « guérir du discours du maître » reviendrait à vouloir guérir de l’inconscient lui-même, s’en débarrasser définitivement — ce qui est impossible, puisque le sujet pâtit de son rapport au langage et à la jouissance[2]. Notre présent contredit cela avec un entêtement qui frôle la haine.

L’administration, le discours capitaliste, ne savent pas et ne veulent pas administrer sans contraindre, ils veulent détruire toute influence du discours analytique pour maintenir un pouvoir sans limites qui détruit toute dimension institutionnelle.

L’institution est maintenant réduite à une gestion autoritaire, protocolaire et chiffrable.

Ce nouveau maître transforme les soignants, les enseignants, les éducateurs, en techniciens – abrités ou écrasés, c’est selon, par des protocoles standardisés ou le discours – neuro.

Ce qui est le plus décisif pour que vive (survive) une institution, c’est le pouvoir de la parole et la dimension transférentielle : Transfert des patients à l’égard des soignants, transfert des soignants entre eux et à l’égard de ceux qui les orientent.

La volonté de vouloir guérir avec des méthodes standardisées, neurobiologiques et comportementales, refusant la singularité, amène la clinique dans l’égarement et l’extinction et condamne l’institution.

La manière dont une institution se structure et dont elle place le maître peut se lire à partir du discours analytique, à condition d’être attentif aux enjeux qui s’y jouent. Comme le souligne Lacan dans Télévision, face à l’indomptable de la jouissance, il ne s’agit pas de s’opposer frontalement — ce qui reviendrait à occuper la place du maître — mais plutôt de maintenir un écart qui seul permet de tenir compte du réel en jeu. Dans l’institution, nous travaillons a minima à ce que les patients, élèves, etc., ne soient pas seuls face au réel contre lequel ils se cognent. Ce qui importe, c’est qu’il puisse encore exister quelques-uns qui ne reculent pas devant la rencontre, qui se fassent responsables, c’est-à-dire qui s’engagent dans la parole, qui cherchent avec les patients, et permettent l’invention.



[1] Miller J.-A., Un effort de poésie, cours du 5/03/2003.

[2] Bassols M., « Notre discours du maître », Hebdo-Blog du 27/11/2022.