Lecture du Séminaire XII
du 7 novembre 2025 au 6 février 2026
En cette année 1964-65, après avoir redéfini les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse selon Freud, Lacan s’attelle à une théorisation qui lui est propre. En effet, ces « problèmes cruciaux » concernent le statut du sujet en psychanalyse, « l’être du sujet » en tant qu’il parle. Pour cerner l’implication de ce sujet divisé dans la structure du langage, il convoque la référence essentielle de cette structure : la topologie et ses formes subversives (tore, bande de Möbius, bouteille de Klein…). L’enjeu de cette topologie pour le psychanalyste est de se détacher de la pensée cosmologique et de l’imaginaire de la sphère séparant un dedans d’un dehors, et qui font croire à la réalité extérieure et au moi comme centre intérieur de l’individu.
Avec cette topologie et contre la psychologie, il va être question de savoir faire avec les trous. Trou du discours, de mémoire, du silence et du cri, de l’objet. À cet égard, ce séminaire amène également une grande nouveauté concernant la théorie du nom propre, soit ce signifiant si particulier apte à combler le trou du sujet.
De même Lacan nous apprend à repérer la structure de la demande, du désir, de l’identification, du sujet comme « suture d’un manque » (dont Jacques-Alain Miller va produire le concept lors du séminaire), pour savoir manier « l’efficace des bonnes coupures » pour opérer dans le nœud de signifiants qu’est le symptôme. Mettant en question dans ce séminaire la logique elle-même et son lien à la grammaire, Lacan prépare une logique de la coupure pour produire dans la cure des effets de métamorphoses du rapport du sujet à l’objet a.
Bref, nous verrons aussi comment Lacan débat avec Socrate, Chomsky, Frege, Russell, Munch, une psychanalyste anglaise désorientée, et d’autres encore, pour assurer la fondation théorique de la pratique psychanalytique dans sa différence avec la psychothérapie
L'inconscient freudien et l'inconscient lacanien
du 13 novembre 2025 au 23 avril 2026
Jacques-Alain Miller : Je vous lance : « L’inconscient - drôle de mot ! »
Jacques Lacan : Freud n’en a pas trouvé de meilleur, et il n’y a pas à y revenir. Ce mot a l’inconvénient d’être négatif, ce qui permet d’y supposer n’importe quoi au monde, sans compter le reste. Pourquoi pas ? A chose inaperçue, le nom de « partout » convient aussi bien que de « nulle part ». C’est pourtant chose fort précise. »[1]
C’est en fondant l’hypothèse de l’inconscient que Freud a inventé la pratique analytique. Parti du constat que les symptômes avaient un sens que la parole pouvait déplacer, modifier, guérir, il a étudié les diverses formations de l’inconscient : les lapsus, les actes manqués, l’oubli, le mot d’esprit, et enfin la voie royale de l’accès à l’inconscient que sont les rêves. Il découvre que l’inconscient répond à des lois du langage précises, condensation et déplacement.
Lacan fonde en raison la découverte freudienne, et avance que « l’inconscient est structuré comme un langage » Par l’étude de la linguistique, de la métaphore et de la métonymie, il établit les liens de la parole avec l’amour et le désir, et avance que « l’inconscient, c’est le désir de l’Autre »[2]. Mais distinguant l’inconscient freudien et, dit-il, « le nôtre »[3], il redéfinit l’inconscient comme « achoppement, défaillance, fêlure »[4] et « à ce point où, entre la cause et ce qui l’affecte, il y a toujours clocherie »[5]. Tout ne se réduit pas au sens, il y a un trou. Il s’agit alors pour Lacan d’intégrer au mystère de l’inconscient celui du corps, du corps parlant. De même avec ce qu’il en est de l’inconscient dans son rapport au refoulement et celui à ciel ouvert, de l’inconscient transférentiel et l’inconscient réel.
C’est à partir du « statut éthique de l’inconscient »[6] qu’il s’agira dans ce cours d’introduction d’évoquer les conséquences, dans la direction de la cure, dans les pratiques orientées par la psychanalyse, et dans une institution (éducative, sociale, médicale ou psychiatrique), « Là où ça parle, ça jouit, et ça sait rien »[7].
[1] Lacan J., « Télévision », Autres écrits, 1973, Paris, Seuil, 2001, p. 51.
[2] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux…, op. cit., p. 23.
[3] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux…, op. cit., p. 24.
[4] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux…, op. cit., p. 27.
[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux…, op. cit., p. 25.
[6] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux…, op. cit., p. 34.
[7] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1975, p. 95.
Les adolescences et la psychanalyse
du 29 novembre 2025 au 20 juin 2026
Précoces où tardives les adolescences sont supposées rester des états transitoires qui mettent en doute un « être » stable et fixe adolescent. La psychanalyse avec Freud s’est penchée sur ce moment d’entrée dans la sexualité active et socialisée du sujet, conjointe à une entrée dans la vie, aujourd’hui toujours repoussée. Longtemps dévaluée, voire ignorée l'adolescence occupe une place presque centrale dans le monde d’aujourd’hui qui vient poser la question de l’existence même d’un sujet adulte, d’une grande personne. Nous examinerons. Les difficultés, les symptômes et les angoisses de ce moment de la vie et comment leur répondre.
L'actualité du trauma
du 27 février 2026 au 19 juin 2026
On assiste aujourd’hui à une généralisation du trauma. Le traumatisme est devenu le nom de la souffrance de nombreux troubles et de symptômes. Traumatisme de la naissance, de la sexualité, de la mort, de la violence. Tantôt origine, cause, ou dysfonctionnement, il s’agirait alors de contrer la répétition par la remédiation ou des protocoles de la reconstruction. Mais pour quels effets ?
C’est à Freud que le trauma doit son statut de concept. Dans un premier temps, il fait de la séduction le trauma inaugural de l’hystérie, puis après la première guerre mondiale à partir de la névrose de guerre, il déploie, le traumatisme en l’articulant avec la pulsion de mort. Mais pour saisir la prise dans la subjectivité propre à tout évènement et son rapport avec l’inconscient, il aura fallu à Freud conceptualiser la notion d’après-coup.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Est-ce du même ordre qu’au temps de Freud ? A l’époque du Me too quelle est la place de la sexualité ? Que pointent aujourd’hui l’expérience des accidents, celle des attentats mais aussi celle de la mort ?
Que nous apprend Lacan jusqu’à la fin de son enseignement là-dessus ? Si le trauma n’a jamais été un concept fondamental de la psychanalyse, la question du trauma reste incontournable pour l’orientation lacanienne, mais loin d’une causalité déterministe universelle.
C’est dans chaque cure, au un par un, que la place et la conséquence du trauma, sont déployées dans leur implication dans le symptôme et le fantasme.
En écrivant le trauma « troumatisme », Lacan fait resonner le trou, celui du non- rapport sexuel qui crève l’écran du fantasme. C’est dans l’attention portée à la façon dont » le sujet symptraumatise quelque chose » [1] , entre symptôme et trauma, qui fait événement de corps, que l’on peut saisir l’expérience analytique entre pratique et théorie.
Cet évènement est toujours réponse à la percussion du langage dans le corps pour le parlêtre que l’analyse va cerner afin que le sujet invente sa propre solution.
[1] LACAN Jacques, Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 162.